Embaucher un salarié peut faire renaître la CFE pour un artisan exonéré

Travail manuel, outillage modeste, pas de revente, aucun salarié : l’article 1452 du CGI exonère certains artisans, à condition de le déclarer au fisc.

Hélène Bourgeois Par Hélène Bourgeois
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Embaucher un salarié peut faire renaître la CFE pour un artisan exonéré
Un rabot à main est utilisé sur une planche de bois clair, avec des copeaux posés sur l’établi.

En bref

  • L’article 1452 du CGI exonère totalement de CFE l’artisan qui remplit quatre conditions cumulatives.
  • Boulangers, bouchers et charcutiers traditionnels en sont écartés, un menuisier outillé peut en bénéficier.
  • L’embauche d’un salarié supplémentaire fait renaître la CFE selon le barème de la commune.
  • L’exonération se signale sur le formulaire 1447-C, ou 1447-M en cas de changement d’activité.

Oui, une entreprise artisanale peut échapper entièrement à la cotisation foncière des entreprises en 2026, mais seulement si son activité repose sur le travail de l’artisan lui-même et non sur un outil de production ou un commerce. Ce droit n’a rien d’automatique : il se revendique auprès de l’administration fiscale et se justifie, pièces à l’appui.

Ce que coûte la CFE et qui en est déjà dispensé

Héritière de la taxe professionnelle depuis 2010, la CFE constitue avec la CVAE la contribution économique territoriale. Son assiette est la valeur locative des biens affectés à l’activité, et chaque collectivité vote son propre taux : le montant varie donc d’une commune à l’autre. Les entreprises non exonérées acquittent au minimum une cotisation plancher, fixée par tranche de chiffre d’affaires, dont le barème se contrôle chaque année auprès du centre des impôts.

5 000 €de chiffre d’affaires, seuil sous lequel la dispense de CFE joue automatiquement
500 000 €de chiffre d’affaires, seuil à partir duquel la CVAE s’applique
2 ansd’exonération totale pour un établissement créé en quartier prioritaire de la ville

Plusieurs situations échappent à l’impôt sans démarche particulière. L’année de création n’est jamais taxée. Le seuil de 5 000 € figure au barème 2025 et vaudrait pour 2026 d’après les informations disponibles auprès des services fiscaux. Côté CVAE, la plupart des artisans travaillant seuls restent sous le seuil. Le régime de la micro-entreprise, lui, ne protège de rien : passé la première année, il faut remplir les conditions de droit commun. Enfin, l’implantation en quartier prioritaire relève d’un mécanisme séparé, qui s’ajoute aux zones ZFU et ZRR et peut parfois s’y cumuler selon la commune.

L’article 1452 du CGI et ses quatre conditions

Le texte vise les ouvriers qui travaillent à façon pour des particuliers, ou pour leur propre compte avec leurs matières, qu’ils disposent ou non d’une boutique, dès lors qu’ils exercent seuls ou avec une aide familiale ou des apprentis sous contrat. Quatre critères doivent être réunis simultanément, et il suffit qu’un seul manque pour perdre l’avantage :

Artisan agenouillé dans un atelier qui scie une pièce de bois avec une scie à main, des planches et de la sciure au sol.
Photo d’illustration. Un artisan découpe une pièce de bois à la scie à main dans un atelier, sur un sol en béton. Photo : Ono Kosuki / Pexels
  • un travail manuel prépondérant, les machines servant à préparer ou finir l’ouvrage restant admises ;
  • des installations modestes, pour que le revenu provienne du travail plutôt que du capital ;
  • aucune spéculation sur la matière, donc pas de revente de marchandises ni de stock excédant les besoins courants ;
  • un effectif restreint.

Cette exonération concerne les métiers manuels. Un loueur en meublé non professionnel n’y a pas accès : il paie la CFE, sur une base divisée par deux la première année.

Des métiers inégaux face à l’exonération

Activité Résultat Critère en cause
Menuisier avec outillage mécanique utile au métier Exonération conservée Travail manuel prépondérant
Mécanicien de garage vendant aussi du carburant Refus confirmé par le Conseil d’État Travail manuel prépondérant
Pressing doté de machines automatiques performantes Refus de l’administration Importance des installations
Boulanger, boucher, charcutier traditionnels Exclus Achat-revente de denrées

L’effectif, point de bascule à l’embauche

L’artisan peut travailler avec son conjoint, ses enfants ou des apprentis âgés au plus de vingt ans. Un cas particulier existe : le conjoint survivant qui reprend l’activité conserve l’exonération s’il emploie un seul ouvrier en plus d’apprentis. En dehors de ces hypothèses, l’arrivée d’un salarié supplémentaire met fin à l’exonération totale, et la cotisation redevient exigible au tarif communal habituel.

Déclarer et défendre son droit

  1. Signaler l’exonération dès la première déclaration, sur le formulaire 1447-C.
  2. Déclarer tout changement d’activité au moyen du formulaire 1447-M.
  3. Joindre des justificatifs : nombre de salariés, description de l’outillage, preuve d’un stock limité.
  4. En cas de refus, déposer une réclamation contentieuse auprès du centre des impôts, avec les pièces.

Le service des impôts des entreprises apprécie ensuite le dossier au regard des quatre critères. Selon Le Monde des Artisans, une demande lacunaire ou mal étayée peut se solder par un refus, voire déclencher un contrôle fiscal. Pour un projet encore en préparation, les règles de la création d’entreprise artisanale conditionnent aussi la première année sans CFE.

Photo : Ono Kosuki / Pexels

Hélène Bourgeois

Comptabilité, fiscalité, juridique, droit social et création d’entreprise

Hélène Bourgeois

Hélène Bourgeois a accompagné pendant vingt ans des créateurs d'entreprise dans une chambre consulaire de province. Elle écrit sur la création d'entreprise : choix de la forme juridique, prévisionnel, premières obligations. Elle restaure avec son mari une longère qui leur prend tous leurs week-ends.